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Victor Leveau, un soldat qui fait honneur aux pupilles de la Seine (1/2)

A l’instar de nombreuses villes françaises, la commune de Parigné-l’Evêque (72) a érigé sur la place de l’église un monument à la mémoire de ses soldats morts glorieusement pour la France pendant la Grande Guerre. Le premier officier mentionné sur ce monument est un lieutenant, décoré de la Légion d’honneur, Victor Leveau. Qui était cet enfant de Parigné l’Evêque décédé le 30 janvier 1916 à vingt-trois ans ?

Le monument aux morts de Parigné- l’Evêque – Collection personnelle
Le monument aux morts de Parigné- l’Evêque – Collection personnelle

Naissance de père inconnu

En 1891, quelques mois après le décès de sa mère, Julie Augustine Leveau quitte son village natal, Saint-Ulphace, situé dans le département de la Sarthe. Elle monte sur Paris afin de trouver du travail. Elle est employée comme domestique dans des maisons bourgeoises et change régulièrement de domicile.

Le 27 octobre 1892, elle accouche à la maternité de la clinique Baudelocque dans le 14e arrondissement de Paris d’un garçon qu’elle prénomme Victor, né de père inconnu. Julie reconnait l’enfant le 10 novembre à la mairie du 19e arrondissement en présence de deux voisins, Florentin Moncomble, un mécanicien domicilié dans le même immeuble que Julie, au 5 rue Bolivar dans le 19e arrondissement, et Felix Gas, charpentier résidant 107 rue de Belleville.

Victor est baptisé le 12 décembre 1892 par Albert Grémillon, vicaire à la paroisse de Rouessé-Vassé dans la Sarthe, située à 80 kilomètres environ de Saint-Ulphace. Pourquoi Julie n’a-t-elle pas baptisé son enfant dans la paroisse où réside son père ? Celui-ci refusait-il de reconnaitre un petit-fils né de père inconnu ?

Abandon et placement en famille d’accueil

Après la naissance de Victor, Julie trouve à Paris une place de nourrice. Elle arrive à pourvoir aux besoins de son enfant avec une aide financière de l’assistance publique. A la fin de l’année 1893, elle tombe malade et doit quitter son travail. Indigente, elle ne peut plus payer son loyer et elle est contrainte d’abandonner Victor âgé de quatorze mois. Le 15 janvier 1894, elle le confie à l’Hospice des enfants assistés de La Seine (actuel Hôpital Saint-Vincent de Paul) en espérant pouvoir le réclamer lorsque sa situation s’améliorera.

Hospice des enfants assistés de la Seine – Collection personnelle
Hospice des enfants assistés de la Seine – Collection personnelle

Le 17 janvier, Victor est transféré à l’agence de Parigné-l’Evêque dans la Sarthe.

Il est placé le lendemain chez un couple d’agriculteurs, Arthur Lallier et Augustine Mauboussin, sur la commune du Grand-Lucé, à environ dix kilomètres de Parigné. Monsieur Lallier ayant une conduite morale douteuse, Victor est retiré après un court séjour de quatre mois, pour être placé le 2 mai 1894 chez les époux Benoist-Pavard.

Hippolyte Benoist et Marie Pavard sont un jeune couple de cultivateurs lucéens (gentilé des habitants du Grand-Lucé). Ils ont un enfant, Paul, âgé d’un mois. Hippolyte et Marie élèvent Victor comme leur fils ainé et les six autres enfants qu’ils mettent au monde de 1895 à 1901.

Une enfance marquée par une santé fragile

Agée de vingt-sept ans, Julie Augustine Leveau, la mère de Victor, décède le 14 février 1900 à Saint-Ulphace. Victor a hérité de la santé fragile de sa mère, il est atteint de lymphatisme et d’infection pulmonaire. Le 25 mai 1901, sur ordre du médecin, Hippolyte Benoist raccompagne Victor à l’agence de Parigné-l’Evêque qui le transfère à l’agence de Dol-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine, pour suivre des traitements maritimes.

Pour son premier traitement, il est placé du 13 juillet 1901 au 14 octobre 1902 chez Julien Bertrand et Marie Jamet à Vivier-sur-Mer (35). Julien est terre-neuvas ; il pêche la morue au large de Terre-Neuve. La saison de la pêche durant de six à sept mois, il est absent du domicile de mars à septembre. Marie s’occupe de leur fille unique Anne-Marie qui a bientôt deux ans. Victor découvre la mer pour la première fois. Son état s’est amélioré pendant son séjour. Il a bientôt dix ans et il va bien lorsqu’il retourne chez Hippolyte et Marie Benoist au Grand-Lucé.

Sa santé étant toujours fragile, il est à nouveau envoyé au bord de la mer du 23 juillet au 15 octobre 1904. Il est accueilli chez Julie Dupuy une cultivatrice célibataire, âgée de cinquante-deux ans, vivant à Hirel (35) avec sa nièce Anne-Marie qui a une vingtaine d’années. A la fin de son séjour, le médecin constate qu’il a grandi et que sa santé s’est légèrement améliorée.

De retour de la mer, Victor est placé fin octobre 1904 chez Louis Lebreton et Louise Foucret, un couple de tisserands installés dans le bourg de Parigné-l’Evêque. Victor étant atteint d’une tuberculose pulmonaire, il a besoin d’une alimentation appropriée et de soins spéciaux. Une pension supplémentaire de dix francs par mois est allouée à ses parents nourriciers. Le directeur de l’agence de Parigné-l’Evêque prélève la somme de 6 francs sur son budget pour acheter des gilets de flanelles à Victor selon les recommandations du médecin.

Une adolescence studieuse

Le 25 juin 1905, âgé de douze ans, Victor est reçu à son examen du Certificat d’Etudes Primaires. Pour le récompenser, le Service des enfants assistés de La Seine lui offre dix francs. Il explique dans une lettre, qu’il adresse à l’inspecteur du service, ce qu’il va faire de ses dix francs :

« Mon idée me dit d’avoir une montre, dont la chaîne me sera payée par le fils de Madame Lebreton, instituteur a Changé. Ma maitresse me la gardera bien précieusement dans son armoire, car elle ne veut pas que je la prenne tous les jours de crainte qu’elle ne soit abimée. »

A.D. de Paris, D6X4 139.

Le 8 juillet 1906, Victor, alors âgé de treize ans, est placé chez Auguste Bercy et Euphrosine Leveau, au lieu-dit La Luère, dans la campagne parignéenne. Auguste et Euphrosine ont une fille Angèle âgée de deux ans. Ils vivent avec les parents d’Auguste ; tous les membres de la famille cultivent la terre. Victor reste à peine un an dans la famille Bercy.

Le 24 juin 1907, il est recueilli chez les époux Blin dans le bourg de Parigné-l’Evêque. Il y a quatre familles Blin habitant le bourg à cette époque. Il est fort probable qu’il soit placé chez Alexis Blin et Alexandrine Jodeau qui sont propriétaires de l’Hôtel du Cheval Blanc. Le 1er juin 1909, il se coince violemment l’index de la main gauche en fermant le portail en fer. Le médecin du Service des Enfants Assistés lui recommande quelques jours de repos.

Passage à la vie d’adulte, premier travail

Le 24 juin 1910, Victor est placé chez Auguste Trotté, propriétaire de l’Hôtel du Commerce, situé Place de l’Eglise à Parigné l’Evêque. Il est employé comme garçon d’écurie et est rémunéré 205 francs par an. Son contrat est renouvelé chaque année ; en 1912 son salaire annuel est de 220 francs. Il est très économe, son livret de caisse d’épargne totalise 796,56 francs au 1er avril 1913. Au fil des années il a tissé des liens avec les époux Trotté. Il s’entend très bien avec Mathilde Bouhours, l’épouse d’Auguste, qu’il appelle « maman ».

L’Hôtel du Commerce à Parigné-l’Evêque – Collection personnelle
L’Hôtel du Commerce à Parigné-l’Evêque – Collection personnelle

Le 5 juin 1913, âgé de vingt ans, Victor s’engage dans l’armée pour trois ans…

(A suivre)

2 Comments

  1. Noëline Visse Noëline Visse 28 novembre 2023

    Le jeune Victor a eu une vie bien mouvementée avant la guerre.
    Merci pour cet article très bien renseigné. Hâte de lire la suite 🙂

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